3 bonnes raisons de faire du bien aux autres

Clémentine Buisson

Pour le magazine EVE

27 octobre 2026

Les femmes représentent 68 % des effectifs de l'Économie Sociale et Solidaire et sont majoritaires dans les métiers du soin. L'engagement est au cœur de ces professions, et avec lui son lot de difficultés…Manque de moyens, forte charge émotionnelle, salaires peu élevés... Pourtant et malgré un contexte tendu, l'impact sur le collectif reste un moteur central pour les salariés, notamment de l'ESS. Ainsi  96% d'entre eux soulignent l'importance de travailler dans une structure porteuse de sens et source d'engagement, d'après les chiffres de UpCoop. Alors, que provoque cet engagement à l'échelle individuelle ? Prendre soin des autres, est-ce prendre soin de soi ? Voici quelques raisons de penser que la valeur créée au niveau collectif peut aussi bénéficier à l'individu.

 

Raison n°1 : booster son niveau de bonheur

L'argent ne fait pas le bonheur ? Selon une étude de l'université de Colombie-Britannique, si ! Mais tout dépend de la façon dont il est dépensé. En 2008 (une étude répliquée depuis, ndlr), des chercheurs ont remis à plusieurs participants des enveloppes contenant 5 ou 20 dollars, assorties de deux consignes différentes : les uns devaient dépenser la somme pour se faire plaisir et s'acheter quelque chose, les autres l'utiliser pour offrir un cadeau à autrui. Dans un second temps, les chercheurs ont mesuré le niveau de bonheur ressenti. Il s'est révélé plus élevé et plus durable chez ceux qui avaient dépensé leur argent pour quelqu'un d'autre, et ce, quelle que soit la somme allouée. C'est le concept de « dépense prosociale ». Bien sûr, exercer un métier engagé pour le collectif, 40 heures par semaine, ne peut s'apparenter au fait d'offrir cinq euros à un ami. Mais on peut faire l'hypothèse que, tout comme les participants à l'étude, cet engagement nourrit le sentiment d'impact et l'estime de soi. En apportant un peu de bonheur à quelqu'un, par le biais d'un cadeau, on se fait du bien à soi aussi. Au cas où le doute persisterait encore : l'humain est bel et bien un animal social.

 

Raison n°2 : se sentir utile, se sentir aligné

S'engager pour le collectif et aider des publics produit quelque chose de plus profond que le niveau de bonheur : le sentiment d'alignement. J'agis pour ce en quoi je crois, donc je me sens bien. C'est le « Helper's High », cher à la psychologie, cette sensation de satisfaction et de cohérence intérieure lorsque l'on vient en aide à quelqu'un. Le cerveau active alors son système de récompense (le système mésolimbique, ndlr) et libère un véritable cocktail de molécules : la dopamine, qui procure plaisir et motivation ; les endorphines, qui agissent comme des analgésiques naturels et créent une légère sensation d'euphorie ; et enfin l'ocytocine et la vasopressine, qui favorisent l'attachement social, la confiance et l'empathie tout en réduisant le niveau de stress. Encore une fois, le lien social n’est pas loin. 

 

Raison n°3 : se décentrer de ses propres problèmes

Dans la continuité du “Helper's High”, aider les autres permet aussi de prendre du recul et de se décentrer de ses propres difficultés. C'est ce qu'a démontré une équipe de chercheurs menée par Christine Rini à travers le programme d'« aide expressive » (expressive helping, ndlr), conçu pour des patients atteints de cancers hématologiques sous traitement lourd. En associant une réflexion sur leur propre parcours à la rédaction de conseils et de messages d'encouragement destinés à d'autres personnes devant subir la même intervention médicale, ces patients activent le « principe de l'intervenant secourable » (Helper Therapy Principle, ndlr). En se décentrant temporairement de leurs difficultés pour se tourner vers leurs pairs, les malades constatent une baisse significative de leur détresse psychologique et de la sévérité de leurs symptômes physiques, ainsi qu'un renforcement du lien social. 

Finalement le bien que l'on fait aux autres a bel et bien des impacts directs sur notre propre bien-être. Reste que, pour que cette équation fonctionne, la question des moyens ne peut être ignorée. Les travaux sur le “Helper Therapy Principle” insistent par exemple sur la nécessité d'être formé à cette posture, pour en tirer tous les bénéfices sans se sentir accablé par la détresse des autres.  Car lorsque le manque de moyens empêche de faire correctement son travail auprès de publics fragiles, le sentiment d'utilité peut laisser place à la frustration. Et si la promesse du soin demeure intacte, ses effets positifs sur celles et ceux qui le prodiguent risquent au contraire de s'estomper.

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