Interview de Joachim Andreault, Responsable de l’innovation RH d’Orange Afrique et Moyen Orient

Marie Donzel

Pour le magazine EVE

26 février 2026

Rencontre avec Joachim Andreault, Responsable de l’innovation RH d’Orange Afrique et Moyen Orient. Pour l’occasion, il nous raconte son parcours EVE Afrique et nous explique pourquoi il est aujourd'hui crucial que les hommes s'engagent, eux aussi, concrètement pour la mixité.

 

EVE : Qu'est-ce qui vous a motivé à participer à un programme axé sur le leadership

féminin ?

 

Joachim Andreault : À vrai dire, c'est mon manager qui m'a encouragé à participer à cet événement. Au départ, je doutais de ma légitimité, mais avec du recul, j’ai compris sa décision et l’opportunité qu’elle me donnait. Ma motivation était double. D’une part, je savais que les personnes que j’allais rencontrer auraient des parcours inspirants. Sur le continent africain et ailleurs, l’autonomisation et l’émancipation des femmes sont encore un combat. Celles qui parviennent à s’imposer en tant que leaders doivent souvent faire preuve d’une détermination inébranlable, d’une conviction profonde et d’une résilience hors du commun. Être une femme leader, ce n’est pas simplement suivre un chemin tout tracé, c’est souvent devoir se battre pour se faire une place. Je savais donc que j’apprendrais énormément de ces femmes, de leurs parcours et des leçons qu’elles en ont tirées.

 

D’autre part, Eve Afrique est un événement qui met en lumière une réalité persistante : les postes de leadership restent majoritairement occupés par des hommes, avec seulement 20 % de femmes en moyenne dans les comités de direction à l’échelle mondiale. Il est facile d’avoir conscience de cette inégalité sans la vivre au quotidien, de l’observer sans en ressentir pleinement l’impact. Participer à cet événement, c’était l’occasion de me confronter à cette réalité, de comprendre, de l’intérieur, ce que ressent une femme leader lorsqu’elle évolue dans un environnement majoritairement masculin. C’était une expérience transformatrice qui m’a permis de développer un regard plus affuté sur ces enjeux.

 

EVE : Comment cette expérience pourrait influencer votre approche du leadership au sein de votre entreprise ou organisation ?

 

Joachim Andreault : Je pense que cette expérience a profondément enrichi ma vision du leadership. Tout d’abord elle m’a rappelé que diriger ne repose ni sur le genre ni sur une position hiérarchique, mais avant tout sur une posture et une confiance : la confiance que l’on inspire à ses équipes, celle que l’on place dans son entreprise et, surtout, celle que l’on décide d’accorder à ses propres choix. Je crois fermement que le leadership repose sur la capacité à prendre des décisions avec conviction, clarté et responsabilité. Pour y parvenir, il est essentiel d’évoluer dans un environnement de confiance, où chacun se sent légitime et libre d’exister pleinement. Lorsqu’une organisation valorise cette liberté, les collaborateurs ne se limitent plus à suivre les standards en place ; ils osent innover, prendre des initiatives et remettre en question les idées établies. C’est en cultivant cet état d’esprit que le leader joue pleinement son rôle.

 

Les femmes sont souvent plus sensibles à cette approche inclusive du leadership. Habituées à évoluer dans des environnements où elles doivent constamment prouver leur légitimité, elles comprennent l’importance d’un cadre qui encourage l’expression individuelle sans crainte du jugement. Elles savent que la diversité des expériences et des sensibilités est un formidable levier d’innovation et de performance.

Lorsque cette confiance est instaurée, un phénomène puissant se produit : ce qui pouvait être perçu comme une faiblesse devient une force. Une manière différente de penser, une sensibilité particulière ou une expérience atypique peuvent devenir des atouts inestimables dans un environnement qui valorise la singularité et la richesse des points de vue. Mon expérience à Eve Afrique m’a renforcée dans cette conviction : le rôle du leader ne se limite pas à diriger, mais aussi à créer ces espaces de confiance, où chacun peut exprimer son plein potentiel.

 

EVE : Comment cette expérience a-t-elle modifié votre perception des défis spécifiques auxquels les femmes sont confrontées dans le monde du travail ?

 

Joachim Andreault : Ma participation à Eve Afrique n’a pas simplement modifié ma perception, elle m’a permis de l’affiner et de mieux comprendre le lien entre les défis spécifiques auxquels les femmes sont confrontées dans le monde du travail et la responsabilité des entreprises à valoriser les femmes pour mieux les accompagner vers des fonctions de leaders. J’ai réalisé que, bien au-delà des compétences techniques et stratégiques, le leadership féminin se construit souvent à travers des décisions complexes, qui forgent une aptitude unique à diriger.Là où le leadership est généralement perçu comme une question de vision et de stratégie, il implique, pour de nombreuses femmes, des arbitrages profonds. La materné en est un exemple frappant : poursuivre sa carrière ou faire une pause, prendre un congé parental ou saisir une opportunité cruciale. Mais ces dilemmes ne se limitent pas à la parentalité. Jongler entre ambitions professionnelles et responsabilités familiales, affronter des stéréotypes, évoluer dans des milieux où il faut constamment prouver sa légitimité, tout cela façonne une approche du leadership fondée sur la résilience, la gestion des priorités et une prise de décision rapide et réfléchie. Ce que je considérais auparavant comme des contraintes supplémentaires m’apparaît aujourd’hui sous un autre angle : ces situations exigeantes forgent des compétences essentielles au leadership. Apprendre à arbitrer entre enjeux personnels et professionnels affine l’aptitude à la prise de décision sous pression. Faire face à des obstacles renforce la capacité d’adaptation, une qualité indispensable dans un monde du travail en perpétuel mouvement. J’ai compris que ces compétences, acquises dans l’adversité, bénéficient non seulement aux femmes elles-mêmes, mais aussi aux organisations qui savent les reconnaître et les valoriser. Un leadership nourri par des défis réels est souvent plus inclusif, plus pragmatique et plus orienté vers le collectif. Cette expérience m’a convaincue que la diversité des parcours est une richesse inestimable, capable de transformer la manière de diriger et d’influencer positivement le monde du travail.

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